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21/02/2016

Des Êtres libres, de la Liberté et des Esclaves bavards sur la Liberté [par Robert Dun]

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Je n'écris pas cet article avec une arrière-pensée de propagande, celle-la étant d'ailleurs superflue dans les milieux libertaires. Je l'écris par reconnaissance et par sentiment de devoir envers des gens qui ont eu assez de liberté et de courage pour envisager mes idées et les publier, même sans les approuver toutes nécessairement.

 

 

 

  Ce sentiment de devoir prend racine dans le fait que dans au moins trois livres, des articles et… bien des chuchotements, je figure parmi les « preuves » de l'infiltration du milieu anar par l'extrême-droite. Or je ne suis pas et n'ai jamais été d'extrême-droite, ni de droite, ni du centre. En dehors de toutes les étiquettes, je suis un révolutionnaire, un nietzschéen actif, un ami de tous les esprits libres et honnêtes, quel que soit le point de leur route où ils se trouvent. L'honnêteté, l'honnêteté intellectuelle est mon unique exigence pour dialoguer avec quelqu'un, quelle que soit son étiquette.

 

  Dans le premier article de moi que publia l'Homme libre, fils de la Terre, j'écrivais que la démocratie et la liberté étaient loin d'être identiques, que pour la liberté je ferais plutôt confiance à un aristocrate authentique ou à un despote éclairé qu'à la démocratie. Car la liberté n'est, hélas !, pas la nécessité de tous. Ceux qui en ont besoin sont de la nature de Galilée, de Giordano Bruno, de Montaigne, d'Ulrich von Hutten, de Götz von Berlichingen, de Cyrano de Bergerac, de Voltaire, de Max Stirner, de Nietzsche. Ils sont rares. La masse des moutons ignore la liberté, n'en a pas besoin. Elle la redoute même, car les hommes libres scient les béquilles des croyants incapables de trouver en eux leur propre loi. Quels parents plus ou moins bornés n'ont-ils pas tremblé et pesté devant les velléités de libération de leur progéniture ? Ces parents sont le citoyen moyen de toutes les démocraties, le peuple. Mais les démocraties contemporaines ne sont plus et ne peuvent plus être d'authentiques démocraties et cela pour deux raisons : l'une est la disparition de la réalité de peuple, l'autre de la culture.

 

  La notion de peuple implique une communauté d'instincts, de sensibilité, d'expériences historiques. De nos jours il n'y a plus que des agglomérats disparates dans lesquels tous les peuples, toutes les visions de la vie et de la condition humaine « déblatèrent les uns contre les autres », selon l'expression de Nietzsche dans son chapitre sur le Pays de l'instruction.

 

  Une culture est, par étymologie, ce à quoi on rend un culte, le contrat social spontané entre gens de même éthique instinctuelle. Là où il y a un peuple, il n'y a besoin ni d'État, ni de lois. Les lois chacun les porte en lui-même. Alors, et alors seulement, on peut publier un périodique intitulé l'Anarchie et sous-titré Journal de l'Ordre, car comme l'a écrit Antonin Artaud : « L'anarchiste n'est pas un ennemi de l'ordre ; c'est quelqu'un qui aime tellement l'ordre qu'il n'en supporte pas la caricature ».

 

  Chaque homme aime l'ordre qui correspond à son éthique spontanée. Cela impose de renoncer au mondialisme, de comprendre qu'on ne peut demander à un Africain de culture nocturne imposée par le climat, d'une culture qui lui impose de voler un bœuf sans se faire prendre pour acquérir le droit de demander la main d'une fille, d'accepter notre sensibilité envers le vol. Cela impose d'admettre que là où nous ne voyons que rites absurdes, il peut y avoir des perceptions perdues par nous. L'espèce humaine a sans doute des centaines d'origines différentes et à coup sûr des trajectoires d'évolution très différentes. Les données biologiques géographiquement conditionnées qui donnent un surcroît de garçons ou un surcroît de filles dans les naissances ne peuvent manquer d'aboutir à des sociétés différentes.

 

  Les monastères n'absorbant pas le surnombre de naissances masculines au Tibet, la société est matriarcale et polyandre. Le surnombre de filles en pays musulmans impose la polygamie. Une jeune femme kabyle, ouverte et évoluée, me disait en 1965, alors que je plaidais en faveur de la monogamie pour lutter contre la démographie galopante catastrophique de l'Algérie : « Sur le fond je suis d'accord avec toi, mais que fais-tu des laissées pour compte ? ». Je ne trouvai rien à répondre.

 

  Le respect de l'Homme, c'est primordialement le respect des différences, c'est accepter les différences sans les juger au crible de notre civilisation prétentieuse et malade. Trop des nôtres sont encore prisonniers d'un rail invisible : ils croient que les peuples qui n'adhèrent pas à nos conceptions démocratiques, à notre liberté sans boussole, à notre égalitarisme tous azimuts sont des attardés. S'ils y regardaient de près, ils découvriraient que ces « attardés » ont généralement plusieurs centaines de milliers d'années d'évolution derrière eux, alors que l'homme de Cro-Magnon n'en a guère que quarante mille. En réalité, ce sont des humains de souches totalement différentes. Il y a là des barrières qu'aucun melting-pot n'effacera.

 

  En fait, cette naïve volonté de fusion des incompatibles dans le creuset du nihilisme contemporain n'est que le prolongement de l'hypocrisie colonialiste. Le colonialisme voulait faire de non-Européens des Européens chez eux, l'intégration veut en faire des Européens chez nous. Ceci au nom de la lourde et naïve conviction que nous leur sommes supérieurs et qu'ils doivent devenir nos semblables. Cette prétention « démocratique » n'est que la fille de la prétention chrétienne à une universalité qui a donné l'Inquisition et les conquistadors.

 

  Un borné tire argument du fait que « j'avoue avoir fait partie des Waffen SS ». Nuance : je ne l'avoue pas, je le dis sans le moindre complexe. Je ne peux guère m'expliquer sur ce point : je tomberais sous le coup de plusieurs lois approuvées par les faux anarchistes. Je me contenterai donc de dire : « J'ai été et je reste un défenseur du droit à toutes les identités, à tous les choix ». On a retiré aux hommes le droit à leur identité raciale, à leur identité culturelle, à leur identité professionnelle ( par la mécanisation ), à leur identité sexuelle ( par l'unisexe et la propagande en faveur de l'homosexualité ). On a culpabilisé la joie de vivre par la préférence pathologique ( il est plus facile à un criminel ou à un taré de trouver du travail qu'à une jeune personne saine ). Alors des millions de jeunes se tournent vers les plus dangereuses identités : vers les sectes, les fanatismes religieux.

 

  Qui sont les niveleurs par l'universalisme ? Les exploiteurs qui veulent pouvoir transporter la main-d'œuvre comme du bétail, la crapulocratie des multinationales, les curés de toutes les religions, les curés athées du marxisme dévoyé. Tout cela n'est que trompe l'œil pour des buts inavouables et n'a rien à voir avec la liberté, l'égalité et la fraternité.

 

  La crapulocratie des rivaux-complices a réussi à sa manière un chef d'œuvre : diviser les hommes en défenseurs de valeurs traditionnelles qui coïncident parfois avec les affirmations identitaires, mais reposent sur la royauté orientale de droit divin et sur une religion foncièrement esclavagiste et ennemie de la liberté de pensée, et en défenseurs des « droits de l'homme » qui se prêtent à la destruction de la race dont sont issues ces valeurs généreuses. Oui, les cartes ont été on ne peut plus savamment brouillées.

 

  Alors, de grâce, que les libertaires abusés se ressaisissent, qu'ils balayent la poudre aux yeux clérico-politicarde de la droite et de la gauche et apprennent à juger par eux-mêmes.

 

  Il est plus que temps, il est urgent que tous les amis de la liberté s'unissent pour sauver à travers la liquidation chaotique d'une civilisation mégalomaniaque ce qui fait la dignité de l'Homme, la liberté des hommes qui veulent être libres et sont capables de l'être.

 

  Je sais qu'il y a une majorité d'esclaves-nés, qu'ils sont la vraie cause de l'esclavage. Je les hais parce qu'ils me répugnent ; « Nous supprimons l'esclave parce que nous n'en supportons plus l'aspect » écrivit Nietzsche dans le Gai savoir. Je les hais encore plus parce qu'ils m'engluent dans leur esclavage, parce qu'on ne peut faire une révolution à un contre mille. Mais je ne les hais pas par orgueil. Je ne suis pas un mégalomane parcourant les sommets avec des bottes de sept lieues. J'aime le vrai peuple, les vrais paysans, les hommes de métier heureux tant que le système ne les écrase pas complètement.

 

  Oui, je suis un véritable anarchiste : un anarchiste qui refuse toute loi qui ne correspond pas à sa loi intérieure. Or ma loi intérieure c'est le vieux droit anglais, la très ancienne coutume de Normandie qui a donné naissance à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, version 1789, parce que je suis né dans le mélange des peuples porteurs de cette loi. Ce qui explique d'apparentes contradictions…

 

Robert Dun
(in L'ANARCHIE, journal de l'Ordre, Juillet 1995)

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23:23 Publié dans Politique | Tags : robert dun, anarchisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

19/02/2016

Effondrement du communisme, trahison des socialistes et nécessité urgente d'un mouvement et d'une idéologie de défense populaire

 

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  Le grand capitalisme anonyme, la bourgeoisie imbécile et les bâfreurs de propagande fêtent leur triomphe. L'URSS n'existe plus, la Chine s'ouvre aux investissements financiers, Fidel Castro est sans soutien. En Roumanie et en Lituanie, des électeurs incorrigibles ont bien réélu librement des communistes. Mais que pèsent ces minuscules pays sur l'échiquier mondial ?

  En France, les dirigeants socialistes roses très pâles ont tout trahi et tout renié. Le gros Mauroy a osé dire au début du premier septennat Mitterrand que son gouvernement n'avait rien de marxiste, ce dont l'ouvrier le plus borné avait pu se rendre compte. Il a un peu plus tard affirmé que la supériorité du monothéisme ne serait pas remise en cause, trahissant ainsi la laïcité de l'État et de nobles penseurs de gauche comme Ernest Renan.

  Lors de la lâche agression contre l'Irak, le gouvernement « socialiste » s'est comporté en fidèle carpette des Américains et des sionistes ; seul Chevènement a osé se distancer de ce crime. Badinter a fait relâcher un gangster peu après impliqué dans des affaires de sang. Lionel Jospin a donné un insurpassable exemple de lâcheté et de report des responsabilités sur le lampiste dans l'affaire des tchadors, violant du même coup la laïcité de l'État et de l'école publique. Pierre Joxe a voulu désarmer la police face à des banlieues bourrées d'armes. Édith Cresson a parlé des Anglais non en termes dignes d'un chef de gouvernement, mais comme une petite va-de-la-gueule. Et tout ce beau monde barbouillé de sang contaminé aurait sacrifié l'agriculture française aux exportateurs américains si la colère paysanne n'avait pas fait front contre le désastre.

  Cet effondrement du marxisme rouge et cette déliquescence du marxisme rose laissent un vide dangereux et même dramatique. Pourtant jamais la phrase du chancelier Erhard au début des années 60 n'a été d'une telle actualité. Cet homme d'État allemand sans génie avait pourtant exprimé une évidence : « Le communisme est une bonne question, mais une mauvaise réponse ». Il n'envisageait que les impasses économiques prévues depuis longtemps par Hegel, Karl Marx et Jean Jaurès. Oswald Spengler aussi avait prévu cette situation d'engorgement, mais son analyse arrêtée à mi-chemin lui fait conseiller « l'Impérialisme comme porte de sortie » ( titre d'un chapitre du Déclin de l'Occident ). Nous savons aujourd'hui que cette solution, cette « porte de sortie », est provisoire, donc inexistante.

 L'heure est grave, grave à la fois pour la dignité humaine et pour la liberté. On nous parle déjà de nécessités de sacrifices. Nous savons ce que veut réellement dire ce langage : les sacrifices, ce seront les salariés qui auront à les supporter, pendant qu'actionnaires et parasites de toutes sortes ne renonceront pas à un iota de leur standing, de leurs gaspillages insultants. N'oublions pas que les débuts de l'ére industrielle ont porté la misère jusqu'à provoquer des actes de cannibalisme en Angleterre, qu'à cette époque police et armée tiraient sans problèmes sur les salariés contestataires. Les canuts lyonnais, les tisserands allemands, les mineurs anglais, les ouvriers socialistes des journées de Juin 1848 ( plus de dix mille morts dans Paris ) en ont fait l'expérience. Allons-nous revivre cela ? Rien d'impossible. Le capitalisme est au bord de la faillite mondiale et il se défendra comme une bête mauvaise.

  Et les impasses économiques ne sont pas les seules : il en est de pires, celles de la surpopulation et de la pollution notamment.

  Nous allons être confrontés au chaos. Les rênes échappent à ceux qui furent les maîtres du jeu. C'est pourquoi ils se crispent dans des mesures d'étouffement de la pensée libre.

  Les universités américaines ou l'on ne se demande plus si une idée est juste ou fausse, mais si elle est politically correct, la loi Fabius-Gayssot, l'arbitraire total sur le droit d'annonce exercé par les agents du système, le viol de la tradition universitaire pour empêcher la soutenance d'une thèse individualiste et antiétatiste, tout cela est à mettre dans le même sac, tout cela est la crispation de la Bête qui se sait condamnée et tente de prolonger son invisible dictature.

  Les ouvriers, les paysans, tous ceux qui pensent à l'avenir de leurs enfants doivent de suite élaborer des structures économiques et sociales de remplacement. J'ai tenté de le faire dès Mai 1968. Mes propositions ont alors été repoussées avec colère par des marxistes bornés et prétentieux.

  Je sais bien que, tout comme le communisme, mon socialisme libertaire ne s'édifiera pas d'un coup de baguette magique. Mais avant de se mettre en route il faut d'abord savoir où on veut aller. Les obstacles et les méandres du chemin sont alors dominés un à un.

 

Les raisons de l'échec du marxisme tiennent surtout à deux facteurs :

  1 ) La suppression de l'entreprise privée, donc de la liberté d'initiative, a paralysé les bonnes volontés et étouffé la joie du travail. La tentative du stakhanovisme et tout le baratin officiel sur les héros du travail n'ont été qu'un pétard mouillé. L'aliénation du salarié, que le marxisme se vantait de supprimer, a été plutôt aggravée.

  2 ) Le gigantisme industriel et agricole a encore augmenté cette aliénation, car un homme ne peut se sentir intégré qu'à des ensembles qu'il domine par son esprit. Des échos précis sur la gabegie dans les grandes fermes américaines m'ont convaincu que cette gabegie n'y est pas moindre que dans les kolkhozes.

  À cela il ne faut pas manquer d'ajouter le dogmatisme stupide des dirigeants communistes qui ont toujours voulu justifier leurs théories contre les plus criantes évidences concrètes.

 

  Pour échapper a l'aliénation et à l'indifférence, il faut donc la liberté d'entreprise, mais réglementée par un contrat social qui abolisse le parasitisme, donc le capitalisme anonyme. Il faut aussi des unités de production à l'échelle humaine, une parfaite transparence sur le coût des matières premières et de l'énergie, sur la destination et les prix de vente réels de la production. Disons de suite qu'une telle économie exige la priorité des marchés locaux et régionaux, pour paraphraser De Gaulle « un monde des patries », des petites patries, de ce que les Allemands appellent die Heimat ( mot parent du concept de 'home' en anglais ), car les grandes patries, les nations sont des statures vagues manipulées par les États, eux-mêmes larbins du capitalisme.

  Il faut changer d'échelle de comparaison des valeurs et sortir des actuels systèmes monétaires. Le principe étant posé que matières premières et énergie sont des biens collectifs, il devient possible de définir la valeur d'un produit par le temps de travail nécessité. En refusant la base monétaire comme système d'évaluation, en recourant à la Getreide Einheit ( unité céréale énergétique ) les Allemands de l'après-guerre se sont épargnés bien des erreurs.

  Le but serait donc d'aboutir à des communautés humaines qui renoncent à toute lourdeur fiscale, ne tirent leurs revenus pour les services publics que de la vente des matières premières et de l'énergie. Les entreprises seraient fondées et gérées uniquement par des personnes exerçant une fonction réelle dans leur entreprise. Celle-ci devrait fournir en permanence une comptabilité affichée consultable et contestable à la fois par les salariés, les clients et les concurrents. La répartition des bénéfices serait réglée par contrats collectifs.

  Utopie ? Voire… Il est bien probable que ce court schéma a besoin de pages de compléments. Que chacun y réfléchisse et apporte précisions et améliorations ! La victoire sur l'exploitation, sur le chaos, sur l'aliénation et le nihilisme qui en résulte passe par ce travail.

Robert Dun

(in L'HOMME LIBRE, fils de la Terre, Septembre 1993)

 

19:18 Publié dans Politique | Tags : robert dun, anarchisme, autogestion, national-anarchisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |